Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

22/09/2010

Ténébreuse offense

9782742785162.jpgVoilà un roman qui m’a laissée perplexe. Le personnage, fort peu attachant, s’en va à la guerre. Obligé. Celle-ci, avec ses horreurs, le précipite dans une sorte de folie, un détachement de son corps et de son esprit pour survivre encore.

Ecartement, internement et rencontre d’Ermelinde avec qui il repart en Angleterre avec l’identité d’un autre, un médecin français qui l’a soigné. Mais alors que tous les ingrédients sont là pour plonger au cœur de l’âme humaine, on reste froid, distant, et l’on se perd dans un retour du passé qui se veut intriguant, mais nous laisse de marbre. On n’y croit pas. Peut-être l’auteur bascule-t-il dans le conte. Mais pour quelle morale ? Pour quel message ?

Il y avait pourtant là matière à une belle épaisseur. Je suis déçue et pas touchée. Ricardo Menendez Salmon ne m’a pas convaincue.

19/08/2010

De mots et de morts...

Entre+ciel+et+terre+Couverture+illustrée.jpgJ'ai mis un peu de temps pour revenir à mes notes. Et pour cause ! "Entre ciel et terre" n'est pas un roman qui se lit vite. Chaque phrase vous plonge au coeur de l'essentiel. La vie, la mort, le pouvoir des mots... Le narrateur, celui qui nous tutoie et nous surprend de temps à autre au tournant d'une phrase,  est un habitant de l'au-delà qui nous observe et nous attend.

Il observe surtout un jeune homme, qui restera anonyme et qui accompagne un pêcheur. Un de ces hommes qui "tire des profondeurs ce qui nous maintient en vie, ce qui renforce les foyers et fortifie les rêves". Et s'il s'occupe de l'essentiel, notre survie, il va mourir de froid pour avoir lu un poème.

Si le livre s'interroge sur une foule de choses  comme "combien le coeur d'un homme peut-il supporter", comment , alors que "nous errons ici, morts et pourtant vivants", retrouver un sourire effacé, un couple séparé... il parle énormément du pouvoir des mots. Tantôt les mots sont tout ce que le gamin possède, tantôt is sont "probablement surestimés, nous devrions peut-être jeter la plupart d'entre eux, nous contenter de hocher la tête, de siffler, de fredonner." Car, ne l'oublions pas, Bardur, le pêcheur, est "mort de froid parce qu'il a lu un poème". Faut-il dès lors envier ceux qu'une proximité suffit à exprimer tout ce qu'ils ont à dire ? Ou faut-il penser que "celui qui parle les langues étrangères doit voir plus loin et en savoir plus que les autres gens" ? Faut-il continuer de parler de "banalités et de ce que  le langage maîtrise sans difficultés, les poissons, les affaires, le temps" ? Car "nous interrogeons les gens sur le poisson, le foin, les moutons, mais pas sur la vie", non ? Et puis, "les sanglots naissent quand les mots ne sont plus que des pierres inutiles". Alors que nous apportent ces mots quand "l'existence humaine se résume à une course contre la noirceur du monde, les traîtrises, la cruauté, la lâcheté, une course qui paraît souvent tellement désespérée, mais que nous livrons tout de même tant que l'espoir subsiste." ? La réponse est peut-être dans le vers que Bardur écrit avant de mourir "nulle chose ne m'est plaisir, en dehors de toi" et qui revient comme un refrain obsédant tout au long du livre. Une façon de dire, peut-être, que "nous devons prendre soin de ceux qui nous sont chers et à qui nous le sommes" ?

A vous de voir. Car ce livre n'est pas une aventure, c'est une question. Ce livre n'est pas une histoire, mais une réflexion pleine de poésie sur ce que nous faisons là alors que "nous nous efforçons de l'atteindre [le ciel] à l'aide des mots ou de moyens de locomotion divers."

04/08/2010

Un voyage immobile ou l'envers des Découvertes

arton5826-76x120.jpgSi vous pensez vous faire embarquer pour un voyage aux multiples rebondissements et aux aventures fabuleuses, vous serez déçu. Le frère de Christophe Colomb, Bartolomé,  nous raconte ici un autre type de voyage, celui que l'on fait dans les livres et au large du Savoir ("... pour accroître l'intelligence chez les hommes, les livres valaient bien les bateaux, et la lecture, le voyage..."). Résultat, un livre truffé de parenthèses érudites et d'anecdotes (au sens large) savantes; un livre qui fourmille de réflexions ( "Le bonheur d'une femme est un rempart. Tout chagrin est une porte" ou encore "Quel besoin de chercher une voie nouvelle pour l'Inde quand, de l'aube au soir et toute la nuit, on a de l'amour en soi, c'est-à-dire tous les pays réunis ?")   et de repères historiques, mais le voyage est immobile et plein de détours qui noient le fil du récit. On aurait peut-être voulu que Bartolomé nous parle plus de l'envers des découvertes à savoir de ces massacres qui sont le point de départ et d'arrivé du livre, mais qui n'y bénéficient d'aucun développement. Le corps du livre est comme une longue digression qui évite encore de nous parler de cet essentiel-là...