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19/08/2010

De mots et de morts...

Entre+ciel+et+terre+Couverture+illustrée.jpgJ'ai mis un peu de temps pour revenir à mes notes. Et pour cause ! "Entre ciel et terre" n'est pas un roman qui se lit vite. Chaque phrase vous plonge au coeur de l'essentiel. La vie, la mort, le pouvoir des mots... Le narrateur, celui qui nous tutoie et nous surprend de temps à autre au tournant d'une phrase,  est un habitant de l'au-delà qui nous observe et nous attend.

Il observe surtout un jeune homme, qui restera anonyme et qui accompagne un pêcheur. Un de ces hommes qui "tire des profondeurs ce qui nous maintient en vie, ce qui renforce les foyers et fortifie les rêves". Et s'il s'occupe de l'essentiel, notre survie, il va mourir de froid pour avoir lu un poème.

Si le livre s'interroge sur une foule de choses  comme "combien le coeur d'un homme peut-il supporter", comment , alors que "nous errons ici, morts et pourtant vivants", retrouver un sourire effacé, un couple séparé... il parle énormément du pouvoir des mots. Tantôt les mots sont tout ce que le gamin possède, tantôt is sont "probablement surestimés, nous devrions peut-être jeter la plupart d'entre eux, nous contenter de hocher la tête, de siffler, de fredonner." Car, ne l'oublions pas, Bardur, le pêcheur, est "mort de froid parce qu'il a lu un poème". Faut-il dès lors envier ceux qu'une proximité suffit à exprimer tout ce qu'ils ont à dire ? Ou faut-il penser que "celui qui parle les langues étrangères doit voir plus loin et en savoir plus que les autres gens" ? Faut-il continuer de parler de "banalités et de ce que  le langage maîtrise sans difficultés, les poissons, les affaires, le temps" ? Car "nous interrogeons les gens sur le poisson, le foin, les moutons, mais pas sur la vie", non ? Et puis, "les sanglots naissent quand les mots ne sont plus que des pierres inutiles". Alors que nous apportent ces mots quand "l'existence humaine se résume à une course contre la noirceur du monde, les traîtrises, la cruauté, la lâcheté, une course qui paraît souvent tellement désespérée, mais que nous livrons tout de même tant que l'espoir subsiste." ? La réponse est peut-être dans le vers que Bardur écrit avant de mourir "nulle chose ne m'est plaisir, en dehors de toi" et qui revient comme un refrain obsédant tout au long du livre. Une façon de dire, peut-être, que "nous devons prendre soin de ceux qui nous sont chers et à qui nous le sommes" ?

A vous de voir. Car ce livre n'est pas une aventure, c'est une question. Ce livre n'est pas une histoire, mais une réflexion pleine de poésie sur ce que nous faisons là alors que "nous nous efforçons de l'atteindre [le ciel] à l'aide des mots ou de moyens de locomotion divers."